Voici le jour de l'épreuve.
Des Indiens enchaînés les uns aux autres, vont tout à l'heure, sur la désignation du grand prêtre, traverser au pas de course un brasier où cuirait sans rémission l'hippopotame le plus formidablement cuirassé.
Vous êtes haletant de terreur à l'aspect de ces fanatiques qui, en s'exposant ainsi aux flammes, ne font pas autre chose que se soumettre volontairement au jugement de Dieu.
Gardez votre pitié et vos craintes pour d'autres; ils n'ont rien à redouter du feu, ces martyrs qui, avant de braver, le subtil élément, prennent la précaution de s'enduire le calcanéum de terre glaise ou de bouse de vache.
Ils sont tout disposés à être brûlés, pourvu qu'ils ne le soient pas. Suivez-les cependant, ils ne marchent par sur ce bûcher, ils volent, ils ne le foulent pas, ils l'effleurent avec une agilité de gazelle.
Et le comble de l'exploit alors, c'est de réussir, en courant sur les bûches ardentes à couper le cou à un cabri dont la chair est ensuite très libéralement distribuée aux assistants, sauf indemnité ultérieure, ce que ne négligent jamais les Indiens.




